La boulimie est une maladie du mensonge.

Alexandra, 24 ans, est boulimique. La jeune femme raconte sa descente aux enfers et son rétablissement. Aujourd’hui, elle sourit à la vie tout en acceptant sa fragilité.

« Je suis reconnue comme boulimique depuis 2005. Avant je pensais que je souffrais de troubles alimentaires. J’avais 16 ans quand j’ai commencé à engloutir d’énormes goûters que j’aillais vomir dans les toilettes. 17 h, c’était l’heure critique. Une envie de décompresser et le besoin de se remplir. J’adorais le sucré. Nutella, céréales, brioche, bouillie pour bébé… Je pouvais manger jusqu’à trois baguettes. J’arrêtais quand j’étais saturée ou quand on m’interrompait. Car évidemment, je cachais tout ça à mes parents. Je volais dans les placards, je rachetais des paquets pour que cela ne se voit pas, je disais que c’était mon grand frère qui avait mangé les gâteaux. La boulimie est une maladie du mensonge.
« Au début, c’était un plaisir. Je pouvais manger beaucoup sans grossir. J’avais un certain pouvoir sur mon corps. Mais, peu à peu, je suis devenue dépendante. Les crises se sont multipliées. Après tous les repas, je vomissais.

Image de bestialité

« On me conseillait de faire un régime, de cesser de mettre mes doigts dans la bouche, de tenter de me contrôler. Facile à dire. Moi, j’étais en souffrance. Après les vomissements, mon coeur s’emballait. J’étais vidée, prostrée. Il fallait que je me cache sous la couette. L’humiliation d’avoir la tête au-dessus de la cuvette est terrible. Image de bestialité. Je me dégoûtais.
« J’ai vu une dizaine de spécialistes. Psychiatres, psychothérapeutes, diététiciennes, nutritionnistes… Sans effet. La nourriture m’obsédait. Je voulais des outils concrets pour sortir de ce cycle infernal. J’ai souvent eu des envies suicidaires. Ce désir d’en finir une bonne fois pour toutes. En 2005, alors que les crises devenaient insupportables, j’ai cherché une solution sur Internet. Je suis tombée sur le groupe briochin Anorexiques Boulimiques Anonymes.
« La première réunion fut un choc. J’ai entendu : La boulimie est une maladie, ce n’est pas de ta faute ! L’émotion fut si forte que j’en ai pleuré toute la soirée. J’étais sceptique sur ce programme. Je me demandais pourquoi tous ces boulimiques riaient, alors que, moi, ça me pourrissait la vie. J’ai pris conscience de mon hypersensibilité et mon mode de vie mal posé. J’ai appris à vivre dans le présent, sans le poids du passé, sans la peur de l’avenir.

Un travail sur soi en douceur

« Le rétablissement n’a pas été facile. Pourquoi ça a marché ? Car j’ai rencontré des gens qui avaient vécu la même expérience que moi, car j’ai entrepris, en douceur, un travail sur moi. Les discussions sur la colère, la culpabilité, l’orgueil, la famille… m’ont beaucoup aidée. J’ai compris que je suis actrice de ma vie. Je ne veux plus subir. Je choisis mes amis. La relation à mes parents s’est améliorée. Je m’accepte comme je suis. J’accepte aussi d’être boulimique et de vivre avec cette maladie encore très longtemps ».
Propos recueillis par Catherine LEMESLE

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