Atteindre la sobriété alimentaire (Côtes d’Armor Magazine d’Octobre 2014)

Atteindre la sobriété alimentaire

Calquée sur le modèle des Alcooliques Anonymes, l’association Anorexiques Boulimiques Anonymes de Saint-Brieuc (A.B.A) soutient depuis 2002 tous ceux qui souffrent d’un trouble de conduite alimentaire. Un appui basé sur l’entraide, la solidarité et le partage d’expérience.

« J’ai fait tous les régimes qui peuvent exister, explique Inès. Je perdais du poids c’est sûr, mais j’en reprenais le double! Et il y a le ‘T’as qu’à’. T’as qu’à manger comme tout le monde, t’as qu’à arrêter de te faire vomir… Mais c’est plus qu’un problème de bouffe, c’est un problème d’émotions… Savoir comment manger on le sait, mais on ne parvient pas à gérer ce qui se passe dans la tête ». En quelques mots, la jeune femme a résumé la problématique rencontrée par les anorexiques et les boulimiques. Des mots souvent forts. Ici, on n’a pas de problème avec la nourriture qui doit rester un plaisir, mais avec la « bouffe »! Que l’on s’en prive, que l’on s’en gave… ou les deux. « J’ai vu des dizaines de médecins, psychiatres, diététiciens, relaye Delphine. Malgré les professionnels, je me sentais complètement seule, je me disais que j’étais complètement cinglée. Arrivée ici, j’ai vu des gens autour d’une table, ils souriaient et n’avaient plus de problème, j’étais soufflée! Après des années d’enfer, j’avais le sentiment d’être comprise par des gens qui connaissaient la maladie ». C’est là le point fort des groupes de paroles organisés chaque semaine, l’expérience. « Se remplir juste pour se remplir, se faire vomir, c’est violent! reprend Inès. Celui qui n’a pas vécu cela ne peut pas comprendre ».

Une expertise par l’expérience

Chacun en convient, A.B.A. n’est pas une solution universelle, mais s’insère avec profit en complément des thérapeutiques classiques. Formalisées avec rigueur, les réunions s’articulent autour de thématiques précises (alimentation, famille, travail…). « On ne préconise pas de méthodologie ou de régime particuliers, souligne Inès. Il n’y a aucun interdit, juste des suggestions ». L’idée: devenir acteur de sa guérison en élaborant ses propres solutions, nourries du vécu de chacun. « Ici, on ne doit rendre de comptes à personne, insiste Inès. On garde son libre arbitre et on ne nous prend pas en charge comme un être fragile. Ça donne envie de se secouer ». Un programme inspiré des Alcooliques Anonymes, des documentations pratiques et la possibilité de nouer un lien privilégié avec un parrain ou une marraine, sont autant d’outils mis à la disposition des anorexiques et boulimiques, leur permettant de renouer avec une sobriété alimentaire. Adolescents, séniors, femmes, hommes… tous les profils se rencontrent. Ce jour-là, malgré la forte tension que Catherine laisse transparaitre, un vif soulagement se lit sur son visage, lorsque vient son tour de parole. « Dès que je franchis les portes pour la réunion, je vais mieux. Que j’aille bien ou mal comme aujourd’hui, je peux venir le partager ici et je suis écoutée sans être jugée. Cet après-midi, on m’a donné une part de gâteau. J’ai pu lâcher prise, sortir du contrôle permanent et cela ne m’était jamais arrivé. J’en ai marre de cette souffrance, mais c’est une maladie et je n’ai pas le choix. Les réunions me permettent d’éviter la chute ».