Témoignage Amélie

TEMOIGNAGE D’AMELIE – 31 ans (décembre 2013)

Je m’appelle Amélie et je suis anorexique et boulimique. J’appartiens aux anorexiques boulimiques anonymes depuis février 2008.

Quand je suis arrivée en 2008, j’étais perdue, désemparée. À l’extérieur, personne ne s’imaginait à quel point je souffrais et je me sentais seule. J’avais en apparence une vie remplie, pleine d’activités, de sorties…et pourtant je vivais intérieurement un véritable enfer. J’ai commencé à faire attention à ce que je mangeais à 19 ans. Mais très vite, je suis passée dans un contrôle absolu : calories, poids de chaque aliment et rapidement j’ai enlevé les pizzas, puis les pâtes et autres féculents…pour ne finir par manger que de la viande blanche maigre, du jambon blanc, de la salade verte, des haricots… bref des aliments « raisonnablement acceptables ». L’enfer a commencé. Cet enfer s’est accéléré le jour où j’ai trouvé la cuvette de mes WC et que j’ai réussi la libération suprême : le vomissement. Puis, le cauchemar est devenu quotidien même si au début je croyais que cela était génial. En 2008, je suis arrivée en réunion. En fait, dans un moment de lucidité, j’ai pris conscience que j’étais malade et que ma maladie m’isolait, m’enfermait : tout mon emploi du temps était calculé par rapport à la nourriture. Après avoir épuisé mon stock d’excuses : mes études, le travail, les mecs… je réalisais que je n’étais jamais satisfaite et que je détruisais tout.

Quand je suis arrivée, personne ne m’a demandé de me justifier, de m’expliquer. J’avais juste la possibilité de m’exprimer devant des personnes qui vivaient ou avaient vécu le même enfer. Je me rappelle que l’introduction de la réunion disait : « si tu veux ce que nous avons alors viens le chercher ». J’ai alors commencé à copier un jour à la fois les actes de mes amis qui semblaient bien vivre avec cette maladie. J’ai arrêté de croire que j’allais guérir et j’ai commencé à poser des actes pour me rétablir. Je me suis laissée porter par le programme sans essayer de comprendre ou le changer… J’ai pris ce que je pouvais, un jour à la fois.

Aujourd’hui, j’ai fêté mes 5 ans de sobriété. Ma vie a complètement changé et je n’ai plus rien à voir avec celle que j’étais en arrivant. Je suis sereine, heureuse et libre de « manger ce que je veux avec n’importe qui à n’importe quelle heure ».

Merci ABA, Merci les amis.