En écoutant les personnes rétablis, je découvrais qu’il était possible d’en sortir, je découvrais qu’il était possible de vivre normalement, de vivre heureux !

TEMOIGNAGE D’ALEX (septembre 2004)

Je m’appelle Alex, je suis anorexique et boulimique-vomisseur, j’ai cinquante ans. J’ai vécu une enfance heureuse et comblée. A onze ans j’ai commencé à refuser de m’alimenter. Vers treize ans, la nourriture me dégoûtait franchement. Je cherchais désespérément un moyen de vivre sans manger, et la recherche spatiale me donnait de l’espoir, j’étais persuadé qu’on arriverait aux pilules nutritives ! Je devenais maniaque de la propreté et beaucoup de choses me faisaient horreur. J’étais très sportif et très actif, pourtant à quatorze ans je pesais trente-sept kilos, je grandissais, mais je ne prenais pas de poids. Une longue période de non-dits et de mensonges commençait. Je voulais convaincre mes parents, provoquant parfois de violents désaccords. Je restais toutefois dans la théorie car je ne leur ai jamais dit la vérité sur mon mode de vie : mes convictions religieuses du moment : soufisme, bouddhisme et christianisme me servaient à justifier mes multiples comportements anorexiques : toilettes, au moins cinq par jour, le rasage intégral et le jeûne… A dix neuf ans, le décès de ma femme m’a fait plongé dans la solitude totale. Je devenais complètement fou, j’ai exagéré mes prises de médicaments, je dormais de moins en moins et abusait de l’alcool. De plus, à vingt cinq ans je suis devenu diabétique ! La suite c’est « jusqu’au bout de l’enfer » ! Les amphétamines, le suicide, les hospitalisations et presque la mort.


Je suis un survivant. A quarante-deux ans, sortant du néant, une petite lumière apparaît, je viens de rencontrer le programme de rétablissement en douze étapes. Ivre de désespoir et de souffrance, je me cramponne à cette bouée sans savoir d’où elle vient ! J’étais persuadé d’être seul dans mon enfer.


A ma première réunion, je suis frappé de stupeur d’entendre une jeune femme de dix huit ans raconter ma propre adolescence, et une autre mon suicide. En écoutant les personnes rétablis, je découvrais qu’il était possible d’en sortir, je découvrais qu’il était possible de vivre normalement, de vivre heureux ! J’ai mis un certain temps à me mettre à l’ouvrage, et surtout à accepter ma maladie. Aujourd’hui le travail sur moi avec l’aide des autres est un plaisir, le bonheur est là, et parfois j’ai du mal à réaliser que la souffrance fut mon quotidien pendant autant d’années.