J’ai passé 15 ans dans la souffrance, et 13 ans à me faire vomir tous les jours

Témoignage de Pia

J’étais si malade et mon équilibre de vie ne dépendait tellement que de la nourriture et de mes crises, que je ne pensais pas pouvoir m’en sortir. Personne ne savait, même pas mes amis les plus proches, même pas ma mère, encore moins mon père. A l’extérieur, je rigolais, je réussissais professionnellement, je rayonnais socialement… Je sortais tous les soirs, et le fait de savoir que je pouvais tout manger sans culpabilité me donnait de l’assurance, de la légèreté, une absence d’angoisse, et de l’adrénaline.

Mais je savais que je faisais semblant, et je craignais qu’on ne s’en aperçoive. Je me suis entourée de personnes suffisamment fêtardes pour ne pas poser trop de questions. Et je m’enfermais dans mon isolement de malade en parallèle. C’était comme si j’avais deux faces : la fille libérée, franche et décomplexée, et dans l’ombre, la fille angoissée, perfectionniste, déprimée, honteuse. Dans ces conditions, ma vie amoureuse était réduite à néant… Inconsciemment, je ne laissais aucun mec « bien » s’approcher de moi, sans doute par peur de devoir me séparer de ma meilleure béquille, la nourriture.

J’étais en grande souffrance psychologique. Je voyais les personnes autour de moi se marier, faire des enfants, sembler « normales » et avoir un travail plutôt plaisant. Moi, je stagnais dans un environnement de travail prestigieux mais à forte pression, avec beaucoup de souffrances à encaisser, des heures que je ne comptais pas… et, en approchant de mes trente ans, je perdais de plus en plus le sens et le goût de vivre. Je ne pouvais faire aucun projet en étant malade comme je l’étais, dans le mensonge en permanence, et dans la souffrance professionnelle.

Je me rappelle m’être alors dit « si je ne trouve pas une solution pour me rétablir l’année de mes 30 ans, je mets fin à mes jours ». Il faut dire que j’en avais essayé, des thérapies : psychothérapie, psychanalyse, soins énergétiques, phytothérapie… j’avais même consulté un chamane !

Je ne sais par quel hasard j’ai trouvé le site internet des ABA, 7 mois avant mes 31 ans… Je me suis rendue à une première réunion où j’ai explosé en larmes tout du long. Puis je me suis rendue à une deuxième réunion, et à une troisième… j’ai fini par y aller toutes les semaines. Je ne comprenais pas tout au vocabulaire, je ne croyais pas encore que pour moi aussi le rétablissement était possible, je ne comprenais pas comment. Mais j’écoutais des personnes qui étaient malades comme moi, pouvaient partager des expériences dans lesquelles je me reconnaissais, et surtout, qui avaient l’air d’aller bien et de ne plus faire de crises. Alors je me suis accrochée.

Au premier congrès ABA où je me suis rendue, j’ai passé le weekend entier à pleurer : cela a été un tournant décisif. C’est comme si j’évacuais 15 ans de solitude et de souffrance, et que je trouvais enfin une place où je n’étais pas anormale.

Au lendemain de ce congrès, j’ai arrêté de faire des crises de boulimie, en étant accompagnée par mon parrain*. Ça s’est fait naturellement, sans doute parce que je n’étais plus seule et que je commençais à faire vivre mes émotions, à m’accorder le droit d’exister. J’ai eu des rechutes dans les périodes difficiles émotionnellement, les chamboulements de vie (déménagement, reconversion professionnelle), et ça a été difficile. Mais la différence c’est que j’avais confiance que rien ne serait plus comme avant, que j’arriverai à arrêter les crises et surtout que l’épanouissement était au bout du chemin. Cela m’a obligée à reprendre les bases, à persévérer dans mon rétablissement et à encore avancer dans mon lâcher prise et ma connaissance de moi.

Je suis en chemin, mon chemin de rétablissement, et aujourd’hui j’ai confiance que ça va aller de mieux en mieux. Quels que soient les cailloux sur le parcours, je ne suis plus seule.

*parrain : personne de confiance plus avancée dans son rétablissement.